Votre candidature, vue par un recruteur.

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Votre candidature, vue par un recruteur. 1 job pour 10 cv

Voilà plusieurs mois que je noircis des pages et que je consume mon temps au téléphone pour apporter de l'aide à des candidats en mal de résultats.

Je ne suis pas satisfait de mon travail. J'avais une idée au départ et je m'en veux de ne pas avoir été plus têtu pour l'appliquer.

Au fond, ce que vous cherchez, ce sont des choses simples. Pas de jargon, pas de discours compliqué et, pitié, pas de leçon. Vous voulez savoir ce qu'il faut vraiment faire pour décrocher la timbale ? OK. On va jouer au jeu de la vérité.

Au lieu de vous dévoiler les 5 astuces pour devenir SuperMachin, je vais vous prêter les lunettes d'un recruteur lambda. Vous l'avez peut-être déjà été ou vous le serez peut-être un jour. L'idée biscornue, c'est de me mettre à votre place en vous demandant de vous mettre dans celle d'un autre.

Imaginons que vous ayez besoin d'une baby-sitter à plein temps pour garder votre petit dernier de 7 ans parce que vous allez vous déplacer toutes les semaines et rentrer tard pendant 6 mois, pour votre travail.

Le but est de vous faire comprendre une réalité dont vous pouvez sortir des enseignements et non de vous soutirer une petite larme sur les malheurs du pauvre recruteur.

Vous rêverez d'un truc plus simple.

Avant d'attaquer notre essai, rappelez-vous que 90% des recruteurs sont comme vous : ils n'ont pas de spécialiste derrière eux pour faire à leur place. (99.3% des entreprises françaises < 200 personnes et 75% des emplois français occupés dans ces petites entreprises).

C'est parti. Vous n'êtes plus disponible dans un mois et tout doit être bouclé d'ici là. Petit coup de fil à Polemploi pour signaler l'offre. 5 jours après, vous avez quelqu'un à votre écoute. Sauf si on est la semaine du premier de l'an, Pâques, mai, juin, juillet, août, 1ère quinzaine de septembre, les semaines de pont de novembre ou à partir de mi décembre. Cela nous laisse presque 6 mois.

Bon, il ne suffit pas de dire "j'ai besoin de quelqu'un vite" pour que ça tombe. Information sur l'entreprise, description de poste détaillée, description de profil détaillée. Vous pensez qu'une femme  de plus de 35 ans qui a déjà élevé des enfants conviendrait bien ? Bravo. C'est juste interdit ! D'ailleurs, un délégué syndical d'une boite de 20000 employés a dit à la télé l'autre jour que ceux qui font de la discrimination, sont des pourris. Vous n'êtes pas quelqu'un de sympa, apparemment.

Comme vous êtes pressé(e) et que vous n'avez ni 2 000 euros à mettre pour faire appel à un recruteur pro, ni le temps d'attendre POLEMPLOI, vous avez déjà passé une ou deux annonces sur LE BON COIN. Avec 5 millions de demandeurs d'emploi, ce serait bien le diable si vous ne trouvez pas vite. Vous aviez mangé deux soirées avec votre conjoint pour les descriptions de poste et de profil, une de plus pour rédiger une annonce. 

Pourtant, rien de bien compliqué.


Recherche H/F pour un poste de baby-sitter basé à Tartiflette-sur-Mer. 

  • Famille recherche une personne sérieuse pour s'occuper de notre fils de 7 ans durant la semaine car nous voyageons pour le travail. 
  • Vous serez chargé(e) d'aller chercher l'enfant à l'école, puis de vous assurer que ses repas sont pris à l'heure. Vous le soutiendrez dans la réussite de ses devoirs quotidiens et de la préparation de son sac pour le lendemain. Vous le coucherez et attendrez notre retour, vers 21 heures, les soirs de la semaine. 
  • Vous l'accompagnerez le mercredi après midi à son cours de judo et vous serez en charge de vous assurer de sa sécurité sur le chemin du retour ainsi que ses déplacements quotidiens. 
  • Vous avez une expérience réussie de plusieurs années dans l'encadrement d'enfants, vous êtes disponible et patient(e) et la pédagogie est votre point fort. Vous avez des notions de cuisine et vous avez le permis de conduire B. Poste plein temps basé à notre domicile. 
  • CDD 6 mois. Envoyez un mail avec votre CV et un courrier de motivation.

Vous n'avez pas tout indiqué mais vous aimeriez aussi qu'il ou elle soit non-fumeur, ait des notions sérieuses et un attachement naturel pour l'hygiène et soit gentil(le) avec les animaux. Ca, c'est à cause du chien qui a besoin de se promener un peu, de temps en temps. Rien d'obligatoire, mais ce serait un plus.

Vous rêverez d'un truc plus facile.

C'est fait, l'annonce est en ligne et vous commencez à recevoir les premiers mails. Déjà sept personnes ont appelé pour en savoir plus (deux pendant que vous étiez en réunion, une pendant que vous étiez au toilettes, trois pendant que vous essayiez de finir ce satané dossier où vous êtes déjà en retard et une à 22 heures). Attendez demain, ce sera pire. Ca vous apprendra à indiquer votre numéro dans l'annonce.

Deux autres ont réussi à deviner l'adresse et se sont présentées. La première pour que vous mettiez un coup de tampon sur un papier sale, pour je ne sais qui. Vous n'avez pas de tampon. Elle n'est vraiment pas contente d'avoir fait tout ce chemin pour rien et vous le fait savoir. La deuxième pour essayer de conclure l'affaire sur le pas de la porte, à la manière de ces Don Juan en carton qui sifflent les filles dans la rue en pensant être séduisants. Elle vous met en retard pour le bureau. Vous finissez par perdre patience. C'est pas bien ! Il faut comprendre et être plus aimable. Les temps sont durs.

Voyons les mails maintenant. 26. C'est bon signe. Vous allez dévaster 3 soirées pour analyser ça, mais ça vaut le coup. Ah. Deux de POLEMPLOI qui réclament en double, une info que vous êtes pourtant sûr(e) de leur avoir déjà donné et la newsletter d'une boite qui fait je ne sais quoi pour vous aider à recruter. Il faudra penser à se désabonner pour ne pas être dérangé(e). Pas grave, vous ferez ça demain matin.

Il reste 23 mails. Vous jetez un oeil en diagonale dans l'aperçu de votre logiciel de courrier. 12 ne contiennent pas le courrier de motivation demandé et 4 sont dans un format que votre ordinateur ne sait pas lire. Pourtant, ça s'annonce bien, au moins la moitié de ceux qui restent, annoncent dans le titre du CV, qu'ils sont baby-sitter professionnels. Et puis vous n'avez pas le temps de demander à ceux qui ont oublié de vous renvoyer leur lettre. En plus, on a demandé du sérieux. Ca commence par là, non ? On fera donc avec ce qui reste.

Bien, bien bien. 8 à analyser un peu plus sérieusement. Vous les parcourez. Vous êtes déçu(e). Et même, sacrément déçu(e). Sur les 8, à peu près rien qui corresponde à ce que vous aviez en tête. Deux qui annoncent qu'ils sont baby-sitter alors que les CV ne correspondent pas. En plus, il y en a un qui a l'air d'être passionné par les armes dans ses loisirs, ce qui ne vous rassure pas. Il y en a un qui conviendrait peut-être mais il a mis sa photo et vous n'avez pas l'impression qu'il soit très sérieux. On dirait un selfie, découpé dans la photo de groupe d'une soirée Binge Drinking. Dans le doute, vous répondez non.

Plus que 5 candidatures. Dans le carré restant, deux sont cousues de fautes en plus de ne correspondre qu'à moitié au profil. Pour accompagner le petit dans ses devoirs, ça ne va pas aller. Il en reste trois à peu près correctes. Vous hésitez à aller repêcher les 12 qui n'ont pas envoyé de lettre avec. Vous perdez une heure pour jeter un oeil plus sérieux. Pff. Vous revenez sur les 3 qui restent.

Vous rêverez d'un truc plus sympa.

1er rendez-vous. Un type mal rasé se présente, habillé comme vous quand vous coupez du bois, y compris l'odeur de transpiration en début de soirée. Sauf qu'il est 9h le matin.  Ca ne va pas aller ! Vous l'avez compris alors qu'il n'est même pas descendu de voiture. Trop tard. Il est là et il est fermement décidé à vous convaincre et il a été coaché par Schwarzenegger. En plus, il est bavard. Une heure perdue et il a fallu répéter 4 fois "OK. Je vais réfléchir" avant qu'il ne comprenne. Vous avez bien compris qu'il est en galère et qu'il est prêt à faire n'importe quoi, pourvu que ça paie. Votre fils, c'est son 22ème sujet de préoccupation.

2ème rendez-vous. Vous demandez à cette dame qui a l'air sérieuse, qu'elle vous présente son expérience. Oups ! 25 minutes après, elle vous a répété et détaillé des choses que vous saviez déjà et n'a rien dit de plus qui vous intéresse. Elle vous a coupé la chique 6 fois, vous empêchant de poser vos questions, pour finir de raconter son histoire à sa manière. Vous auriez bien aimé qu'elle vous en dise plus sur sa manière de voir l'éducation d'un jeune de 7 ans. Vous n'en saurez rien. Ce n'est pas votre sujet qui l'intéresse, c'est de déballer le sien. Vous allez réfléchir.

3ème rendez-vous. Le plus prometteur. Vous n'avez pas été très convaincu(e) par la lettre où la candidate se décrit comme la fille de Superman et de Super Nanny. Elle se passe du cirage toute seule. Ce n'est plus une lettre, c'est un parquet ciré. Holiday on Ice sur un son et lumière un peu trop bling bling. Vous devez vous tenir à la rembarde pour ne pas exécuter un grand écart sans échauffement. Vous n'y arriviez déjà pas avec, alors.... Elle serait motivée, compétente, dynamique et FORTE d'une expérience ridiculement excessive pour le job et j'en passe.

Vous lui demandez ses qualités et ses défauts. Elle vous bombarde de qualités à n'en plus finir mais cale sur ses défauts. Vous insistez. Elle finit par vous lâcher qu'elle est perfectionniste et qu'elle prend les choses trop à coeur. Elle vous prend pour une noix, ou quoi ? En plus, vous l'avez vu fumer en téléphonant, tout à l'heure sur le trottoir et sur son Facebook, elle balance des blagues qui feraient rougir un charretier. Et puis, il semble bien qu'elle a lancé un ta g****e au chien du voisin qui jappait tandis qu'elle téléphonait. Pas sûr, mais maintenant que vous la connaissez mieux, ce ne serait pas impossible. Votre fils parlera une autre langue quand vous allez le récupérer. Vous allez réfléchir (pas longtemps).

Vous commencez à vous affoler. Déjà presque trois semaines et toujours rien. Vous appelez POLEMPLOI pour voir s'il n'y a rien de nouveau. Vous aurez une réponse la semaine prochaine. OK.

Les coups de fils de succèdent (vous n'avez pas pris le temps d'enlever votre numéro de l'annonce). Par contre, Polemploi ne vous a pas rappellé(e), comme prévu. Les mails défilent, tous aussi creux les uns que les autres.

Vous limitez les entretiens parce que c'est pénible et qu'il va vous falloir prendre des congés pour y arriver. Les quelques uns que vous avez menés quand même, vous ont laissé un méchant goût de gaspillage et vous pensez même qu'un des candidats est un voyou qui va revenir une nuit pour vous cambrioler. Vous dormez mal pendant 2 nuits.

Vous finirez par vous dire...

"- ... mais bon sang, c'est pourtant pas compliqué. Je veux faire garder mon mouflet de 7 ans. Il n'y a pas besoin d'être prix nobel de baby-sitting pour comprendre ce qu'il faut pour réussir ! Je ne vais pas trouver quelqu'un qui y arrive et qui va m'en parler. Je viens de perdre 3 semaines pour rien et je vais finir par confier mon fils au premier venu parce que j'aurais eu le couteau sous la gorge.".  Avec un peu de chance, vous sentez que vous remettez ça dans un mois.

Vous prenez votre téléphone pour appeler un collègue pour lui parler de vos galères. Ah. Sa belle soeur est libre pour les 6 mois qui viennent. Vous la connaissez. Le lendemain, l'affaire est conclue.

Vous êtes soulagé(e). Vous retirez votre annonce. Vous continuerez de recevoir des mails et des coups de fils pendant quinze jours.

M***e. Vous avez oublié de répondre aux 5 derniers.

Coup de fil... C'est un des 5 qui appelle pour râler.

Vous êtes un(e) expert(e) maintenant.

Et oui, si vous réfléchissez à cette petite histoire, vous en savez plus que 9 candidats sur 10, y compris des cadres.

Si vous ne prenez pas la peine de comprendre avec un peu de bon sens, ce que votre employeur recruteur cherche, vous allez faire n'importe quoi. Du beau n'importe quoi, mais qu'est ce que ça change ? Vous obtiendrez une réponse bidonnée sur votre expérience qui serait trop juste ou je ne sais quelle fausse barbe, pourvu que vous partiez sans demander votre reste.

L'employeur recruteur à qui vous vous adressez est un être humain d'abord et la dimension émotionnelle sera souvent plus forte que la compétence froide et rationnelle. Il prendra sa décision en partie sur des critères qui proviennent de son impression. C'est comme ça.

Ce que vous venez de lire vous parait caricatural ?

Alors continuez à faire des CV avec de mots clés, des titres bidons, des informations sans intérêt et de faire des lettres de motivation, 100% cire d'abeille.  Avec le temps, vous vous rappellerez peut-être de cette histoire...

télécharger gratuitement.

5 attitudes gagnantes à tous les coups. 1 job pour 10 cv. Patrick Morin

34 pages A5