80% du temps, votre recruteur sera un être humain.

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80% du temps, votre recruteur sera un être humain.

La plupart des gens ignorent cette révélation qui ne peut être confirmée en l'état actuel de la science. Disons 60% pour prendre une marge de précaution.

C'est un scoop dont je ne suis pas mécontent parce qu'il va me permettre de vous parler de son fonctionnement. 

A vous d'en déduire ce qu'il convient de faire pour lui plaire.

Il aime la simplicité.

Ses besoins sont simples, au fond et il aime les satisfaire simplement. Mettre la main sur un futur salarié disponible, valeureux, heureux et facile à vivre, si possible vite et sans trop ni d'efforts, ni de dépenses.

Attention, simplicité n'est pas facilité. Si ça l'était, les cabinets de recrutement n'existeraient pas.

Vous pouvez répondre à ce besoin de simplicité en lui proposant simplement une candidature qui réponde à ses besoins principaux en parlant son langage. Les connaissez-vous ? Je constate que c'est rarement le cas.

Pour cela, arrêtez de décrire votre carrière comme une série d'informations neutres où il devrait trouver son bonheur tout seul. Vous êtes seul dans vos baskets mais pas dans la case courrier du recruteur.

Pour que cela soit simple et évident pour lui, vous allez faire un petit effort. Il est tellement élémentaire que cela ne vaudrait pas la peine d'en parler si autant de candidats n'en faisaient pas l'économie.

Il rêve de sincérité.

Le recrutement est un genre théatral qui n'est ni comédie, ni tragédie . C'est du théatre sans spectateur où les acteurs "s'em****ent grave".

Après la pièce, l'un trouve qu'il a perdu son temps et l'autre que c'était difficile. Pourquoi ? Des recruteurs mal formés à distinguer le bon du reste et des candidats surentraînés à leur rôle de candidat, ou au contraire, complètement innocents des enjeux. Pour finir, le sentiment désagréable et partagé de louper quelque chose qu'on aurait tellement voulu dire ou entendre.

Et si, on arrêtait ce cirque. Un exemple ? A la question "Avez-vous des questions ?", vous sortez un très artificiel : "Quels sont les services  support  que  je  pourrai  mobiliser pour faire avancer le premier projet que vous me confierez ?"ou encore un très pragmatique "Quelle version du logiciel CXS20 utilisez-vous pour gérer vos données ?".

C'est sensé faire de vous un candidat sérieux ? En fait, cela vous déguise en gendre  idéal qu'on a envie de gifler (vraiment très envie).

Si le recruteur fait partie des 80% d'êtres humains de mon titre d'article, peu de chance pour qu'il s'émerveille pour la 13ème fois de la semaine de ce genre de questions en carton :  "Fichtre, voilà un candidat dont le sérieux et l'implication vont se nicher dans le moindre détail, ma parole. C'est formidable. Voilà vraiment un postulant différent qui mérite que l'on aille plus loin. Vite, précipitons-nous sur un CDI à prix d'or.".

Il va plutôt se dire "OK, d'accord.  Encore un qui a appris le manuel par coeur et qui pose une question dont tout le monde se fout de la réponse. Quelle galère, vivement ce midi...". Comme un être humain, quoi !

Si on vous demande cela, posez des questions qui servent vos intérêts : "La décision sera prise quand ? " ou encore "Quelle évolution à partir de ce poste ?". La réponse vous apportera ou un vrai critère de choix entre 2 offres ou une information utile pour savoir à quel moment relancer. (voilà une information vraiment utile).

C'est rassurant d'avoir affaire à quelqu'un qui pose des questions pour les réponses et pas pour l'effet que ça produit d'avoir l'air de s'intéresser.

N'ayez pas peur d'être vous-même, y compris s'il vous arrive de commettre un petit impair. Un candidat sincère fera un collaborateur sincère et c'est nettement meilleur, qu'un navet qui joue à "super-tomate".

C'est vrai qu'il y a danger avec la sincérité si votre hygiène personnelle est défaillante, votre éducation de base loupée, vos idées politiques ou religieuses extrémistes, votre tenue vestimentaire lamentable ou que vous cherchez n'importe quoi, pas trop loin pourvu que ça paie. Là, évitez d'être sincère, cela va vous nuire. Globalement, c'est plutôt facile à éviter.

Il est pourri de préjugés.

C'est là-dessus qu'il est le plus humain. Vous, moi ou lui, c'est pareil. Son cerveau est fait pour analyser très vite une situation et trier celles qui représentent un risque des autres.

Evidemment, depuis que notre belle civilisation a fait son oeuvre, cette fonction cognitive n'a plus la même importance. Il n'empêche qu'elle est très puissante et qu'elle lui permet de porter un jugement en 5 secondes. La fameuse première impression qu'il est impossible d'effacer totalement ensuite.

Vous rencontrez une femme habillée de manière très provocante, un jeune portant un jogging à capuche et des tatouages sur les mains ou encore une mamie à chignon strict et tailleur Chanel, etc.... Vous (ou moi) mettez moins de 5 secondes pour créer des images totalement construites sur des préjugés. Des scripts mentaux puissants qui se sont accumulés avec l'éducation et l'expérience.

Comme ils sont souvent valables et que c'est un réflexe, on peut dire que ces préjugés sont utiles pour adapter son comportement la plupart du temps. Du moment que vous ne loupez pas une situation dangereuse...

Et puis quoi ! Quand vous savez-ça, il ne vous reste plus qu'à faire le nécessaire pour créer des représentations positives immédiates. Inutile de lire 50 articles sur le bon dress-code du candidat, de deviner l'intérêt de ne pas faire de fautes d'orthographe, de réussir la forme de CV ou que sais-je encore ?

Une faute d'orthographe, c'est probablement (préjugé) quelqu'un qui a un bas niveau d'études ou des difficultés avec les concepts de base ou tout simplement qui s'en fout. Qui prend le risque ? OK. Suivant.

Un tatouage sur les mains, c'est probablement (préjugé) quelqu'un qui vit ou a été éduqué dans un milieu où l'autorité fait défaut, qui participe à des groupes sociaux louches, voire des soirées stupéfiantes? Qui prend le risque ? OK. Suivant.

Une femme à la tenue très sexy, c'est probablement (préjugé) quelqu'un qui a peu de retenue dans sa relation avec les hommes et va attirer des difficultés en créant la jalousie chez les femmes et des pertes d'adhérence chez certains hommes. Qui prend le risque ? OK. Suivante.

Le recruteur voit peu de choses de vous et la majorité de ce qu'il voit est soigneusement mis en scène. Le moindre détail est grossi 100 fois. Créer un préjugé professionnel favorable passe par tout un tas de détails faciles à maîtriser. Sauf si vous tombez de la Lune, avant hier.

Il est dominé par ses émotions.

Même s'il est Docteur es sciences humaines, qu'il utilise des logiciels de pointe et des outils 2.0 et même 3.0 pour sa sélection, son choix n'échappera pas à une part d'émotivité inconsciente.

Il ne choisira pas le candidat qui a atteint le meilleur score à des évaluations objectives. Il choisira celui qui lui plait le mieux ou avec lequel il a le plus envie de travailler. Quelle que soit sa méthode officielle, et même s'il tient compte des résultats du test, il ajoutera une note de gueule coefficient 50 en bout de piste.

Il est donc aussi important de créer un lien émotionnel avec lui, que de faire monter votre score au tableau de notes et un lien émotionnel ne signifie pas amical mais juste humain.

S'il vous "sent" bien, vous êtes en meilleure posture que s'il ne vous sent pas. C'est tout.

Le sourire, une photo réussie, un style d'écriture direct, une tenue vestimentaire simple et adaptée sont parmi les plus simples à réussir. N'ayez pas peur de manifestations involontaires de vos propres émotions (rougissement, rire, etc...), sauf si elles sont discriminantes pour le poste (pour un cadre sup, rougissement déconseillé). Par empathie, votre interlocuteur va s'associer à vous et un lien positif va se créer.

Il peut être facétieux.

Quelle que soit votre préparation, il y a une part d'imprévisible dans sa décision. Elle peut-être due à ses émotions ou ses préjugés mais elle peut aussi être due à son manque de sérieux, son manque de formation, son côté bordélique invétéré, un contexte subitement impropre à la concentration, bref, ce qui fait qu'il est un vrai être humain et que son choix est un composite de choses qui n'ont pas toujours à voir avec le talent, le professionnalisme ou la méthode.

Au fait, et les 20% restant...

Vous tomberez probablement, un petit quart du temps, sur des recruteurs qui ne présentent aucun des symptômes décrits ici. Rassurez-vous pour eux, rien de grave. En fait, ce sont les plus professionnels, ceux dont c'est le métier, généralement.

Désireux de gagner du temps et conscients des limites de leur propre jugement, ils essaient de le dépolluer de ce qui pourrait le fausser et utilisent des techniques d'évaluation sophistiquées (PNL, Analyse transactionnelle, etc...) ou des logiciels d'évaluation de votre personnalité, en plus des questions traditionnelles.

La PNL, par exemple, est un modèle très connu et incrusté dans le management moderne ou la communication professionnelle. Pour simplifier outrancièrement, il s'agit de l'émanation d'une technique de synchronisation pré-hypnotique, utilisée par le célèbre Milton Erickson.

Pour toute géniale qu'elle soit, c'est une modélisation étroite et ses fondements sont bien empiriques, malgré son apparente sophistication. Idem pour les logiciels divers et variés qui analysent votre caractère.

Faites un test le matin au réveil et refaîtes-le, à midi, juste après vous être copieusement engueulé avec un imbécile qui vous a grillé une priorité, vous verrez que certains résultats sont plus basés sur votre humeur que sur votre caractère.

Saviez-vous que les scientologues utilisent des tests de personnalité et de QI très élaborés. On les retrouve quelquefois dans le recrutement, d'ailleurs. Si vous répondez à un test de personnalité de 200 questions avec 2 ou 3 questions bizarres, vous y êtes.  Est-ce probant pour autant sur la valeur objective d'un professionnel qu'on recrute ? Peut-être, sans doute, pourquoi pas, mais je n'y mets pas une main à couper. Même pas un ongle.

Ca a l'air plus sérieux que la graphologie ou même l'astrologie qui sévissaient il y a 30 ans mais c'est juste l'informatique qui vous donne cette impression d'indiscutable.

Bref, les 20% de recruteurs "non humains" qui restent reportent les risques de leur subjectivité sur des outils construits sur des principes, certes intéressants mais en aucun cas scientifiques.  Ce ne sont donc pas des hommes mais des sur-hommes. Leurs pouvoir ne sont pas décuplés, juste leurs certitudes.

A vous de jouer, maintenant.